Guillaume Poulin-Goyer
CANDIAC - Les élèves autistes de l’école Fernand-Seguin à Candiac avaient de quoi se réjouir lors de la finale provinciale du Grand Prix des boîtes à savon de Saint-Sauveur, le 17 septembre.
Alors qu’ils ont eu moins d’une semaine pour se pratiquer, ils ont complété leur première course à vie dans les temps et ce, en utilisant le bolide qu’ils avait construit dans le cadre d’un projet scolaire.
"Je me suis bien concentré et je suis heureux, car j’ai réussi de très belles courses, raconte Christophe Élliott-Côté qui était accompagné lors de l’événement de son frère Jérémie, aussi autiste. J’espère bien courir encore au printemps."
Après un départ raté à sa première descente, Marc-André Carrière était fier, pour sa part, d’avoir repris le contrôle de son bolide pour sa deuxième course. "J’avais peur de manquer mon coup de nouveau. Mais, je me suis fermé les yeux et je me suis vu en train de réussir ma course. J’ai fait une très belle descente", se rappelle l’adolescent.
De son côté, Jacques Beauchamp était heureux de sa course et d’avoir été nommé capitaine de son équipe. "J’ai participé à toutes les étapes du projet. J’ai développé mon courage, ma patience et mon sens des responsabilités", note-t-il.
Cet événement est la concrétisation d’un projet qui aura duré plus d’un an pour la classe multi-niveau qui accueille des autistes, des personnes atteintes du syndrome Asperger ou Gilles de la Tourette de 12 à 16 ans.
Parti d’une idée d’Olivier Loiselle de construire une voiture, rien ne laissait croire à leur professeure, Hélène Massé, que ce projet mènerait les élèves à construire un bolide et à courser avec. "Dans ces projets, on sait quand ça commence, mais pas où cela peut nous mener", résume-t-elle.
Apprendre l’ouverture
Structurer les autistes et leur apprendre l’ouverture sur les réalités de la vie. Voilà ce qu’a accompli l’enseignante qui n’est pas peu fière d’avoir appliqué la pédagogie par projet.
La méthode consiste à partir des intérêts et des forces des autistes et de les mettre à profit dans un projet de groupe. "Ça leur permet de canaliser leurs passions dans des activités qui vont procurer du plaisir et les mettre en situation d’apprentissage de la réalité" explique-t-elle.
Ceci est particulièrement important pour les élèves autistes qui ont tendance à se renfermer sur eux-mêmes. Ils devaient, au contraire, s’ouvrir en écrivant des lettres, en faisant des recherches et des appels pour demander de l’aide ou du financement. "Tout devenait un prétexte pour enseigner le français, les mathématiques et les sciences", détaille Mme Massé.
Leur apprendre la souplesse a aussi été un objectif atteint par la professeur. Par exemple, lorsque le bénévole Léo Brabant, qui aidait au montage de la boîte à savon, arrivait à brûle-pourpoint, les élèves devaient s’adapter à ce changement à l’horaire.
Ces derniers ont même pu apprendre à verbaliser leurs différences en expliquant leur projet dans le cadre d’une journée portes ouvertes. "Une fois la glace cassée, les gens les écoutaient, s’étonne celle qui estime que la population a beaucoup à apprendre des autistes. C’est comme le mélange de culture. Ça donne toujours quelque chose d’intéressant."
Certains élèves autistes sont d’ailleurs maintenant intégrés dans des classes régulières.
Le projet qui se poursuivra cette année suscite déjà l’intérêt des nouveaux de la classe. "Les jeunes ont hâte", confie leur enseignante.