INTRODUCTION
Connaître la fréquence de la violence
La violence des adolescents est au centre du débat public. De la violence scolaire à la violence urbaine, du vol à la violence physique, de la violence collective à la violence individuelle, les jeunes sont souvent mis en cause. Mais, comme l’indique Debarbieux (2003), “ La sensibilité de l’opinion publique à la violence des jeunes est souvent exacerbée par de tragiques faits-divers qui mettent en scène des “ récits ” de violence spectaculaire et sanglante ”. En d’autres termes, la connaissance “ objective ” de la violence juvénile est plutôt défaillante et celle dont on dispose au quotidien est produite essentiellement par quelques faits relatés dans toutes les presses.
Certes il existe des statistiques officielles, provenant de la Justice, Police et du Ministère de l’Education. Si, selon ces statistiques, les violences les plus graves n’auraient pas augmenté en France depuis 20 ans (Mucchielli 2001), plusieurs questions se posent à propos de ces statistiques.
• D’abord, elles mesurent des “ faits ” plus que des “ personnes ” , car ce qui est enregistré et sert de base de calculs de fréquence, ce sont les actes. Or, comme une même personne peut commettre plusieurs actes (en même temps où à des temps et des lieux différents), il existe un risque de sur-estimation du nombre des personnes violentes.
• Ensuite, elles se basent sur la plainte des victimes et sont donc, en dehors de l’homicide (la mort est à déclaration obligatoire), sensible à l’environnement social et familial, qui peut en modifier le “ seuil de tolérance ”. Selon que l’acte est jugé acceptable ou non, honteux ou non, sa déclaration aux services (police, justice, éducation) est plus ou moins variable dans le temps et dans l’espace.
• Enfin, il s’agit souvent de “ statistiques de fonctionnement ” (c’est-à-dire, qu’elles permettent aussi de mesurer le fonctionnement d’un service ou d’obtenir des subventions), ce qui les rend relativement sensibles aux demandes institutionnelles ou sociétales.
Des enquêtes en population s’imposent donc, et ce dans les conditions éthiques permettant de recueillir les données les plus fiables possibles. Plusieurs enquêtes (comme, par exemple, celle de Debarbieux et de Roche) ont pour objectif de fournir une meilleure connaissance de la violence juvénile, mais certaines portent uniquement sur la victimisation, d’autres uniquement sur la violence scolaire, d’autres encore uniquement sur la violence dans les quartiers difficiles. On propose donc une vue plus globale de la violence des adolescents.
Sans prétendre étudier toutes les formes de violences possibles ( le sujet est trop vaste et sa définition en perpétuelle modification, avec l’apparition, par exemple, de nouvelles formes de violence), on se propose de prendre en compte une diversité de comportements violents avec en priorité la violence quotidienne. On a ainsi inclus non seulement “ les premiers signes de la violence que sont les coups, les bagarres et la violence verbale ” (Devaucheville, 2004), mais aussi les violences sur les biens (vols, dégradation) et les expressions de discrimination (racisme) tout comme certaines violences grave, dont le fait d’utiliser une arme, mettre le feu ou frapper les enseignants. Mais sont exclus de cette étude le “ chahut ” scolaire, phénomène très fréquent et pourtant considéré souvent comme “ violence ” par les enseignants, tout comme le meurtre, événement trop rare en population générale.
Afin d’éviter des oublis (en particulier pour les violences les plus banales) et de calculer une prévalence annuelle, le “ temps de référence ” inclus dans les questions sur la violence a été “ les 12 derniers mois ”. Toutes les questions portent donc sur la violence durant la dernière année. Ce mode de recueil permet aussi de mieux comparer les groupes d’âge. Toutefois, l’information sur les violences sexuelles subies a été recueillie “ sur la vie entière ”. En effet, il s’agit d’une violence rare, grave et mémorisée à vie.
Pour quelques conduites de violence (en tant que acteur ou victime), on a recueilli le lieu de sa survenue : école, aux abords de l’école, en famille, ailleurs. Les violences scolaires les plus cités (Devaucheville, 2004) font partie de ces questions.
Comprendre les violences
Pour “ expliquer ” les comportements violents, certains éléments de contexte reviennent quasi systématiquement dans l’opinion publique. Ainsi, les adolescents provenant des quartiers difficiles, où se cumulent difficultés sociales et carences éducatives, sont les plus visées. D’ailleurs, dans le discours sur la violence, les trois caractéristiques suivantes se superposent : violences=quartiers difficiles= difficultés sociales = carences éducatives. Ce modèle « explicatif » fait tellement partie de l’opinion commune, qu’on ne cherche même plus à le mesurer, à le vérifier, à le comprendre. Plusieurs chercheurs ont d’ailleurs dénoncé le rôle des médias et des responsables politiques dans cet amalgame (Debarbieux, Mérieu, Muchhielli, Dubet).
Dans le présent travail on ne cherche pas à défendre un point de vue de sociologue ou criminologue. On propose, par contre, outre une description détaillé des conduites de
violence en fonction du sexe et de l’âge, à vérifier le rôle de l’école et de la scolarité dans cette violence, et plus particulièrement dans la violence scolaire. On propose plus particulièrement :
1/ D’étudier le lien entre les caractéristiques de l’établissement (urbain ou rural, en ZEP ou hors ZEP, général ou professionnel, public ou privé) et les conduites de violence. Au regard du discours social sur le phénomène, on fait l’hypothèse que toutes les formes de violence sont plus fréquentes dans les collèges urbains que dans les collèges ruraux ; dans les collèges ZEP que dans les collèges non ZEP, dans les lycées professionnels que dans les lycées de l’enseignement général ; dans l’enseignement public que dans l’enseignement privé.
2/ D’étudier le lien entre les caractéristiques de l’établissement (urbain ou rural, en ZEP ou hors ZEP, général ou professionnel, public ou privé) et l’évolution des conduites de violence. Ici encore, on a fait l’hypothèse que toutes les violences ont plus augmenté dans les établissements “ sensibles ” que dans les autres établissements.
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3/ D’étudier le lien entre les caractéristiques de l’établissement (urbain ou rural, en ZEP ou hors ZEP, général ou professionnel, public ou privé) et la violence scolaire. Comme pour la violence en général, on fait l’hypothèse que les élèves des établissements “ sensibles ” (urbain, ZEP) sont plus enclins à être violents (ou à subir des violences) à l’école que ceux des autres établissements scolaire.
4/ D’étudier le lien entre l’attitude scolaire de l’élève (notes scolaires, appréciation de l’école, absentéisme scolaire) et la violence scolaire. On fait l’hypothèse que le lien de la violence scolaire avec l’attitude scolaire est comparable à celui observé entre la violence scolaire et les caractéristiques de l’établissement.
5/ D’étudier le poids respectif des caractéristiques de l’établissement et de l’attitude scolaire de l’élève sur la violence scolaire. En intégrant l’ensemble des variables scolaires (de l’établissement, de l’élève) dans un modèle statistique visant à “ expliquer ” la violence scolaire (la régression logistique), on fait l’hypothèse que les deux types de facteurs jouent un rôle comparable, la violence scolaire étant alors autant “ expliquée ” par les caractéristiques de l’établissement que par les caractéristiques