Ils ne sont pas assez éloignés pour ne pas les voir, ni assez étrangers pour les oublier.
Pas assez proches pour les reconnaître, ni assez familiers pour écrire avec eux une histoire
commune. Si on les croise ici et là, on tourne parfois la tête, on regarde ailleurs ou on les
observe de loin, tels des passants spéciaux sur un autre chemin, marginalisés, relégués. Dans
notre couloir de circulation bien balisé, on ne traverse guère pour les rejoindre ; on ne se
risque pas à trop de proximité.
Ces passants, qui font l’expérience d’une autre voie, d’un autre code et connaissent
une mise à l’écart du mouvement général, ne sont pourtant pas des inconnus : ce sont des
enfants, des adultes dont le handicap est venu bouleverser la vie.
Les lignes de démarcation qui les tiennent à distance, les regards indifférents ou
stigmatisants qui les « infirment » et les marginalisent n’ont rien de fatal : ce qui les rend
fatals c’est de les considérer comme tels. Ils dépendent bel et bien de nous : notre
responsabilité individuelle et collective est engagée.
Nos attitudes, nos pratiques, nos comportements les vouent à une sorte de huis clos :
voilà notre handicap. C’est une carence de notre société, mais c’est plus encore le signe de ses
carences.

- Passer de la prise charge... a la prise en compte